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Langues vivantes en collège : rien n’est encore joué !

samedi 13 février 2016
par  Secteur emploi

Alors que se prépare la rentrée 2016, l’inquiétude grandit dans les établissements, notamment dans certaines disciplines, particulièrement menacées, et déjà malmenées ces dernières années. A travers la situation des langues vivantes se déclinent ainsi tous les effets pervers et dévastateurs que la réforme du collège ne manquera pas de produire, si elle est mise en place, et que le SNES-FSU n’a de cesse d’annoncer et de dénoncer.

Réunion langues vivantes à la section académique : quel avenir pour l’enseignement de l’allemand ?

Sans surprise, la réunion langues vivantes, qui s’est tenue le 3 février à la section académique, confirme le grand désarroi des enseignants de langues vivantes, et en particulier des professeurs d’allemand :

  • la carte des classes bilangues, qui avaient initialement été une des cibles favorites des attaques de la Ministre, parce que considérées comme élitistes, et dont elle a ensuite annoncé le maintien à 70% sur l’ensemble du territoire, n’est toujours pas arrêtée dans l’académie de Versailles. Or, ces classes avaient permis en particulier à l’enseignement de l’allemand de se maintenir honorablement, le plus souvent en dépit du fait que cette langue n’était pas enseignée dans les écoles du secteur. Quel avenir aura encore l’enseignement de l’allemand, en cas de suppression des bilangues ?
  • Dans les établissements où la suppression des bilangues est programmée, ce sont les postes et les conditions d’exercice des collègues qui se trouvent menacés (avec 2h30 de LV2 par niveau de la 5ème à la 3ème, un collègue enseignant une langue autre que l’espagnol ou l’anglais n’aurait en effet plus assez de 2 établissements pour constituer un service complet).
  • Au-delà de la question des postes, celle des contenus d’enseignement est également préoccupante : on sait bien qu’un horaire de 2h30 hebdomadaire est insuffisant pour l’apprentissage des langues vivantes (pour lequel le SNES-FSU revendique un minimum de 3h hebdomadaires).
  • Là où des efforts sont consentis (dédoublements, horaires hebdomadaires supérieurs aux horaires réglementaires...) pour maintenir les postes, cela ne peut se faire que sur les marges de l’établissement et aux dépens des autres disciplines, ce qui, inévitablement, crée d’importantes tensions au sein des équipes, très mal vécues par les enseignants. De nombreux chefs d’établissements demandent par ailleurs aux professeurs d’allemand de compléter leur service au sein de l’établissement en prenant en charge des enseignements en dehors de leur discipline de recrutement, ce que le SNES, attaché au respect des disciplines, ne peut que dénoncer.
  • Dans bien des cas se pose la question des compléments de service et des réaffectations en cas de mesure de carte scolaire ; le désarroi des enseignants est alors bien compréhensible : qu’est-il préférable d’accepter ? Quelle stratégie adopter ?

Maintien ou suppression des bilangues : des critères opaques et peu pertinents

Au vu des premières annonces faites en CTSD concernant le maintien ou la suppression des bilangues, on peut légitimement s’interroger sur la cohérence et la validité des critères retenus par l’administration. Les critères généralement avancés sont les suivants :

  • maintien des bilangues de continuité ;
  • maintien en fonction des effectifs ;
  • maintien des bilangues en Education Prioritaire ;
  • suppression des bilangues de contournement (quand n’existe pas de continuité premier – second degré / en cas de refus d’enseignants du 2d degré d’intervenir dans le 1er degré).
    En réalité, ces critères ne sont pas appliqués partout de la même manière. Ainsi des suppressions sont-elles annoncées en Education Prioritaire dans le 92 (5 sur les 14 suppressions annoncées).
    Par ailleurs, ces critères étaient dans un premier temps supposés justifier des suppressions massives de bilangues, dispositif prétendument élististe, afin de dégager des moyens pour financer la réforme du collège, et entre autres l’introduction de la LV2 en 5ème. Avec le changement de stratégie du Ministère, ils sont en train de perdre de leur pertinence. Le critère le plus souvent invoqué (suppression des bilangues de « contournement ») n’avait lieu d’être que tant que l’objectif était la suppression du maximum de bilangues : comme expliqué dans cet article, les bilangues avaient d’abord été un outil permettant de préserver la diversité de l’offre en LV, et en particulier le maintien en collège de l’enseignement de l’allemand, y compris lorsqu’il n’était pas enseigné dans le premier degré, ce qui était le plus souvent le cas. En effet, seuls très peu de professeurs des écoles sont habilités à enseigner une autre langue que l’anglais ; et bien peu d’efforts ont été faits pour recruter des intervenants extérieurs (fonction d’ailleurs peu attractive, car sous-rémunérée). Dire que seules les bilangues de continuité doivent être maintenues revient de facto à en supprimer le plus grand nombre. L’administration rectorale est maintenant embarrassée par l’hécatombe en termes de postes que produirait l’application de ce dernier critère, et en vient à présent à cette conclusion : les bilangues de continuité restent à créer, car elles n’existent que très marginalement. Dans le 78, la DSDEN envisage ainsi de « consolider » l’allemand dans le premier degré pour conserver davantage de bilangues allemand, y compris en ayant recours à des professeurs des écoles dont le niveau de qualification ne dépasse le niveau B2 du CECRL.

Face à ces louvoiements de l’administration, le SNES-FSU rappelle ses revendications :

  • non à toute fermeture des bilangues et de suppressions de poste en allemand et dans les langues à faible diffusion,
  • construction d’une carte des bilangues et des langues vivantes qui ne s’appuie pas sur le principe de continuité,
  • créations de moyens et d’emplois permettant une offre assurant diversité sur tout le territoire.

Carte des langues 2016-2017 : quel calendrier ?

Avec un retard considérable sur les autres académies, dans lesquelles la carte des langues est maintenant arrêtée, la CAELV (Commission Académique sur l’Enseignement des Langues vivantes) doit se tenir jeudi 11 février. La carte des langues ne sera définitive qu’à l’issue du CTA prévu le 16 février.
Afin de permettre aux élus d’intervenir aussi efficacement que possible lors de ces instances, merci de prendre le temps de répondre à notre questionnaire en ligne.

Poste menacé : quelle stratégie adopter ?

-* Proposition de complément de service : quelles obligations ?
Si, au vu des besoins insuffisants dans la discipline, une suppression de poste était proposée dans votre discipline, il convient, dans un premier temps, d’examiner la possibilité d’un complément de service.
Actuellement, certains collègues subissent des pressions pour accepter de compléter leur service dans le premier degré (chantage à la « qualité » de l’affectation : compléter son service dans le 1er degré plutôt que dans une commune éloignée). Or, pour un complément de service dans une autre discipline, comme dans le premier degré, l’accord de l’intéressé est requis. Le SNES-FSU rappelle également son attachement au respect des qualifications, et met en garde contre le fait que, nos statuts ne permettant théoriquement pas l’échange de services entre le 1er et le second degré, rien dans les textes ne prévoit sur quelle dotation (1er ou 2d degré) les moyens seront pris. Les compléments de service dans le 1er degré sont un pas de plus vers la liaison école-collège, que nous avons systématiquement dénoncée, car elle est un premier pas vers une remise en question de nos statuts.
Le SNES-FSU défend l’idée que, pour éviter des situations dramatiques l’an prochain en langues vivantes, au vu du contexte particulièrement incertain, les postes doivent être maintenus, y compris lorsque les besoins sont inférieurs à l’ORS.

-* Mesure de carte scolaire

Le poste n’est effectivement supprimé qu’à l’issue du CTSD créations / suppressions de postes (courant Mars). Des actions sont donc encore possibles après la tenue du Conseil d’Administration, et jusqu’à la tenue du CTSD. Dans le cas où votre poste serait menacé, contactez votre section SNES départementale.
En cas de suppression définitive du poste, le collègue concerné est participant obligatoire au mouvement intra-académique, et dispose d’une priorité de réaffectation (1500 points sur les 4 vœux obligatoires : établissement dans lequel le poste est supprimé, commune de l’établissement, département et académie ; possibilité de panacher vœux obligatoires de mesure de carte scolaire avec des vœux personnels, sur lesquels cette bonification n’est pas attribuée). Mais cette priorité peut dans certains cas ne pas suffire à obtenir une réaffectation satisfaisante, faute de supports vacants, dans des disciplines pour lesquelles le mouvement sera inévitablement tendu cette année.
Si vous vous trouvez dans cette situation, contactez la section académique du SNES pour vous informer et adopter la meilleure stratégie possible.

Comment agir ?

Dans ce contexte, nous vous invitons à multiplier les actions de mobilisation contre la réforme du collège.
Après les professeurs de lettres et de mathématiques, c’est au tour des professeurs de langues vivantes d’être convoqués pour des formations-formatages, prévues par les IA-IPR entre le 1er et le 16 février, et pour lesquels, dans bien des établissements, à défaut de volontaires, les chefs d’établissements désignent des enseignants. Le SNES-FSU a dénoncé les problèmes posés par ces prétendues journées de formation disciplinaire, et vous propose d’en faire des moments d’action (voir article en ligne)
Sur les questions de carte des langues, de postes, de répartition des heures, agissez en Conseil d’Aministration ! Alertez les élus (représentants des personnels enseignants, mais également des parents, dont la mobilisation peut faire basculer la situation), faites adopter une contre-répartition des moyens permettant de préserver les postes menacés, faites voter un vœu en CA, sollicitez une audience auprès de la DSDEN … Les militants des sections départementales et académique peuvent vous appuyer dans vos démarches et vous accompagner en audience si vous le souhaitez.
Nous vous invitons à vous joindre à toutes les actions dont vous aurez connaissance via nos publications et notre site.
Les actions prévues dans le cadre de la préparation de rentrée 2016 convergeront vers un temps fort prévu dans la semaine précédant les vacances de février, avec rassemblements devant les DSDEN des 4 départements de l’académie de Versailles.