[78] Nouveau collège de Mantes-La-Jolie : quand expérimentation rime avec déreglementation

mardi 9 novembre 2021
par  Snes S2 Yvelines

Figure de proue de l’ambition du Président du Conseil départemental des Yvelines, Pierre Bédier, d’investir le champ éducatif, le « Nouveau collège » de Mantes-La-Jolie, né de la fusion des collèges Chénier et Cézanne, a ouvert ses portes aux collégiens le 2 septembre dernier. Ce qui ne signifie pas que les élèves ont, comme tous les collégiens de métropole, commencé leurs cours à cette date. Les personnels de ce collège « innovant », sorti tout droit des propositions du chef d’entreprise et « pédagogue » Jérôme Saltet, ont découvert le jour de leur prérentrée que leurs élèves ne reprendraient les cours que mi-septembre.

En effet, les premiers jours ont été consacrés, entre autres, à construire l’identité, le logo, et le slogan des quatre maisons référantes du collège, à la manière d’Harry Potter, entre deux blind tests et autres activités « connaissance de soi ». Au motif que cela allait améliorer le climat scolaire. Faut-il comprendre que perdre quasiment deux semaines de cours n’est pas si grave pour les collégiens du Val Fourré ? Que la réalisation du programme est secondaire dans ce collège classé éducation prioritaire ?
Etrange conception de la démocratisation scolaire, alors que M. Bédier, lors de sa visite du Nouveau collège le 8 septembre dernier qualifiait ce dernier dans un tweet de « tremplin vers l’égalité des chances  ».

Véritable cheval de Troie de la déréglementation au sein de l’Education nationale (alors même que la Direction académique avait certifié le maintien du cadrage national pour la rentrée 2021), ce qui se passe à Mantes-La-Jolie préfigure les transformations de notre métier si nous ne combattons pas ces expérimentations, qui détermineront nos pratiques pédagogiques : des salles sans table ni tableau, pour être certain que les élèves et leurs enseignants ne travaillent que la compétence orale, d’autres avec du mobilier inadapté aux apprentissages des élèves, des chaises hautes rappelant davantage les comptoirs de café et non des salles de classes (rebaptisées salles de séminaire !), absence de salle de permanence, des tables à roulettes, pas de TNI ni de hauts parleurs dans certaines salles, etc. Ce mobilier « révolutionnaire » supposé « transformer les postures d’apprentissage », s’avère au final peu propice à nombre de situations d’enseignement, et est source de stress pour le personnel enseignant qui ne peut remplir ses missions et voit ses conditions de travail se dégrader.
Il faudrait toute la magie d’un roman de J.K. Rowling pour faire oublier que cette « rentrée », dont l’effet miracle sur le climat scolaire reste à démontrer, a avant tout fait perdre dix jours d’école aux collégiens dont on prétend vouloir favoriser la réussite.

Si les personnels ont alerté depuis plus de deux ans sur les problèmes que posait la structure bâtimentaire et architecturale du collège (pas assez de salles pour accueillir l’ensemble des classes prévues à la rentrée), il semble que le Conseil départemental veille à promouvoir ce collège qui n’est toujours pas baptisé : une « Directrice pédagogique du territoire apprenant » (sic) dispose d’un bureau au sein de l’établissement et s’immisce dans la vie du collège (ainsi, elle envisage d’ouvrir le collège au public plusieurs fois dans l’année le samedi, sans s’enquérir de la présence des personnels hors temps de service, ou demande la progression pédagogique annuelle des enseignants) sans que personne ne sache exactement pour qui travaille cette personne et sous quel statut. Après avoir posé la question au dernier CDEN (Conseil départemental de l’Education nationale) des Yvelines, la FSU a obtenu confirmation que cette « directrice » travaillait pour le Conseil départemental.

Au-delà des conséquences immédiates et concrètes pour les personnels et les élèves, difficile de ne pas s’interroger sur l’implantation géographique des ces « collèges innovants » qui se créent sur le territoire français. Si ces expérimentations sont si bénéfiques pour les élèves, pourquoi les cantonner aux seuls territoires de l’Education prioritaire ? A quand la construction d’un collège innovant à Versailles Monsieur Bédier ? Auriez-vous peur de la réaction hostile des familles et des élus locaux ?

Fabien Le Duigou et Delphine Romagny