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#PasdeVagues : les réponses hors-sujet du Ministre, l’action du SNES-FSU

samedi 3 novembre 2018
par  Snes S3 SV

Après l’agression d’une professeur du lycée Branly à Créteil, le SNES-FSU et la FSU ont immédiatement condamné cet acte violent, tout en apportant leur soutien à la collègue et à l’équipe du lycée Branly

 Ce que #PasdeVagues dit de notre système éducatif

Dans les jours qui ont suivi, de nombreux témoignages de collègues ont été publiés, notamment sur les réseaux sociaux, avec le hashtag #pasdevagues. Tous mettent en avant un isolement, voire une forme d’abandon insupportable.
Cette situation s’explique principalement par un mode de pilotage du système éducatif qui est guidé par un double impératif : ne pas faire de bruit, ne pas faire de vagues d’une part, et, d’autre part, agir en fonction d’indicateurs statistiques (nombre de conseils de disciplines, taux de redoublement etc). Ces derniers existent à tous les niveaux : académique, départemental ou encore au niveau de l’établissement. Ils sont devenus, petit à petit, les principaux fils directeurs qui guident l’action et les décisions des autorités, parfois, souvent, au mépris des considérations humaines. Ce mode de fonctionnement n’est pas propre à l’Éducation nationale : il vient du privé, et on le retrouve dans d’autres secteurs publics, où il fait les mêmes ravages, par exemple à l’hôpital. Il porte un nom : le néomanagement public.

Ce mode de fonctionnement est analysé et dénoncé depuis plusieurs années par la FSU tant il fait du mal aux collègues et aux services publics : voir ci-dessous, ainsi que l’édito d’Évelyne Rognon (professeure de philosophie dans l’académie, aux Ulis, et présidente de l’institut de recherches de la FSU) qui a rapidement rappelé que le mode de pilotage du Service public d’Éducation conduit aux situations décrites par les collègues.
Edito « pas de vagues » (...) « Je me fous que vous ayez le feu à l’intérieur de votre lycée, je ne veux pas qu’il y ait de la fumée qui sorte par la fenêtre » assénait une rectrice lors d’une réunion aux personnels de direction.
Et donc, pas de conseils de discipline, pas d’accompagnement des enseignant·es et des élèves confronté·es à des formes de violence diverses
(...)

 La réponse du ministre de l’Éducation nationale : hors-sujet

Jean-Michel Blanquer se targue d’être le Ministre des enseignants. Au regard des réponses apportées depuis 15 jours, il n’en est rien. Après avoir envisagé d’étendre la pseudo-interdiction du téléphone portable en lycée, le ministre de l’Éducation nationale a retrouvé ses réflexes de DGESCO du quinquennat sarkozyste en se faisant le promoteur d’une école sécuritaire, en compagnie du ministre de l’Intérieur et de la ministre de la Justice. Pour clore cette séquence, dans une mise en scène savamment orchestrée, avec tous les Recteurs à ses côtés, Jean-Michel Blanquer a rappelé quelques évidences en tentant de les faire passer pour des innovations remarquables (le registre que chacun pourra remplir existe déjà sous la forme d’un régistre SST).

En revanche, le ministre de l’Éducation nationale n’a rien dit, ou presque, du mode de pilotage des établissements et surtout des moyens humains indispensables pour renforcer les équipes dans les établissements ! Alors que les vies scolaires sont sous tension, que les infirmières et les assistantes sociales courent d’un établissement à un autre, Jean-Michel Blanquer esquive complètement la question des moyens pourtant incontournable pour traiter, collectivement, les difficultés scolaires et sociales. Il reste le Ministre des suppressions de postes (-2 650 postes dans les collèges et lycées à la rentrée 2019), qui va encore dégrader davantage les conditions de travail des personnels.
Voir aussi la tribune de Frédérique Rolet, secrétaire générale du SNES-FSU Violences scolaires : sortons du déni.
Extraits : (...)Mais on n’endiguera pas la violence dans les établissements avec des portiques de sécurité. Au-delà des réponses immédiates et de l’application de sanctions appropriées quand cela s’impose, les équipes pédagogiques et éducatives doivent être soutenues par leur hiérarchie. Si l’on veut établir une véritable autorité pédagogique et éducative, le décréter est vain en l’absence de mesures fortes, dont la première est l’arrêt des suppressions de postes(...) Cela suppose de sortir de logiques de gouvernance conduisant trop souvent à culpabiliser les enseignants, de soutenir les équipes, de travailler collectivement à ce que chaque jeune puisse acquérir une solide formation quel que soit son établissement d’affectation. La libération de la parole ne doit pas rester sans suite. L’institution se doit de prendre le phénomène très au sérieux et d’apporter des réponses fortes aux personnels de l’Éducation nationale. (...)

 L’action du SNES-FSU et de la FSU

La nécessité de renforcer les équipes pluriprofessionnelles ainsi que les méfaits du néomanagement sont régulièrement mis en avant par le SNES-FSU et la FSU qui n’a pas attendu ces évènements pour être aux côtés des collègues.

Des stages consacrés au décryptage du management public sont organisés tous les ans dans l’académie (compte-rendu du stage organisé dans le 95 en 2015).
Le prochain a lieu le vendredi 23 novembre, à Évry. Il est trop tard pour déposer une autorisation d’absence, mais si vous n’avez pas cours ce jour-là, vous pouvez y participer en vous inscrivant auprès de la FSU91 (fsu91@fsu.fr)
Parmi les ouvrages syndicaux, le dernier en date « Pourquoi joindre l’inutile au désagréable », par Évelyne Rognon, pour l’Institut de Recherches de la FSU. à découvrir ici

Les sections départementales et la section académique du SNES-FSU ont aussi accompagné, soutenu de nombreux collègues qui ont du faire face à ce type de situations. Les militants du SNES-FSU interviennent auprès de la Direction académique et du Rectorat, aident à l’organisation d’une mobilisation locale pour que les situations de souffrance et de dysfonctionnements des établissements ne soient pas étouffées. Ne restez pas isolés ! L’action collective permet bien souvent de sortir de ces situations.

Le SNES-FSU ne compte pas laisser sans suites l’alerte lancée via les réseaux sociaux. Il entend contraindre le gouvernement à renoncer aux suppressions d’emplois et portera le point de vue des personnels sur les réformes et les injonctions. Il le fera pour et avec les collègues, car c’est bien là le sens de l’action syndicale telle que le SNES-FSU la conçoit.