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Bac pro 3 ans : le recteur de Versailles défend la réforme

samedi 5 avril 2008
par  Secteur politique éducative

Bac pro en trois ans : le recteur de Versailles défend la réforme face à
des enseignants

"La pédagogie, c’est comme la bicyclette, si l’on ne va pas assez vite,
on tombe." C’est en ces termes que le recteur de Versailles Alain
Boissinot est venu justifier la généralisation du bac pro en trois ans
auprès de l’équipe enseignante du lycée professionnel "Les frères
Moreau« à Quincy-sous-Sénart (Essonne), lundi 31 mars 2008. Le recteur a »discuté librement" durant près de deux heures avec une dizaine
d’enseignants de l’établissement très mobilisés depuis plusieurs
semaines contre la généralisation du bac pro 3 ans.

« Choqué » par le message véhiculé selon lequel il est possible de "faire
en 3 ans ce que l’on a fait en 4 durant 20 ans", Denis Bureau,
enseignant d’EPS, attire l’attention du recteur sur le fait que du temps
est nécessaire pour "réconcilier l’élève de lycée professionnel avec la
scolarité« . »Les enfants ont besoin d’être motivés, que leur ligne
d’horizon ne leur apparaisse pas trop lointaine« , répond le recteur. »C’est ce que va permettre le fait de leur proposer de travailler en 4
ans au lieu de 3. On croit toujours que la bonne réponse à l’échec
scolaire est de diminuer la cadence, d’expliquer et de réexpliquer
jusqu’à ce que l’élève comprenne. Je crois que c’est une erreur. L’une
des principales raisons de l’échec scolaire est l’ennui.«  »PAS DE VOLONTARISME SYSTÉMATIQUE"

L’académie de Versailles expérimente le bac pro 3 ans depuis 2002. "Nous
n’avons pas attendu les annonces ministérielles pour engager cette
réforme. Nous sommes assez largement partis avant les autres", se
félicite Alain Boissinot. À la rentrée 2007, 16% des bacs pro se
faisaient en trois ans dans l’académie. "Nous prévoyons qu’ils soient
36% à la rentrée 2008« , annonce le recteur. »Nous pourrons donc
apparaître en retard par rapport à d’autres académies, mais c’est parce
que nous faisons le choix de ne pas pousser et d’aller à notre rythme.
Je n’affiche pas un volontarisme systématique car je suis bien conscient
que le rythme de bascule entre les deux systèmes n’est pas facile." Il
insiste en outre sur le fait que "c’est une réforme trop importante pour
qu’on l’impose à qui que ce soit. Elle ne se fera que dans des
établissements volontaires, c’est-à-dire qui ont voté favorablement en
conseil d’administration. Là où il y avait désaccord, nous avons
renoncé.« Pour lui, la »bascule totale« à la rentrée 2009 serait »aller
un peu vite en besogne« , même si »les situations intermédiaires sont
toujours un peu délicates à expliquer aux parents".

Les enseignants présents souhaitent savoir « de manière claire » si cette
réforme implique la suppression des BEP. "Je suis prêt à plaider
coupable pour le ministère de l’Éducation nationale, nous avons mal
communiqué sur cette affaire. Nous avons laissé s’installer un message
négatif qui est celui de la disparition des BEP alors que
fondamentalement, l’essentiel du projet n’est pas là. L’objectif est de
rendre la voie professionnelle plus attractive et permettre une
meilleure poursuite d’études« , répond Alain Boissinot. Il assure qu’il »continuera à y avoir deux niveaux de qualification, V et IV, avec des
passerelles entre les deux types de parcours« , même s’il avoue »ne pas
savoir" quel sera l’intitulé des formations de niveaux V : BEP, CAP ou
autre. « Cela se décide en ce moment-même au niveau du ministère. » Il
souligne en outre que "toutes les spécialités n’ont pas vocation à être
sur le même moule« . »Rien ne sert d’avoir des BEP de comptabilité, étant
donné qu’il n’existe aucun emploi correspondant à ce niveau de
qualification."

Il insiste également sur la nécessité de distinguer diplôme et parcours
de formation. Il faut selon lui "garder le BEP comme un diplôme d’étape
que les jeunes pourront passer en cours de route".

« UN VRAI PARI PÉDAGOGIQUE »

Interrogé sur la « valeur » du diplôme de bac pro 3 ans, il assure qu’elle
sera la même que celui en 4 ans. "Le fait que le bac pro se prépare en
2+2 ans n’est pas gravé dans le marbre. C’est simplement le fruit de
l’histoire. En 1985, nous avons rajouté deux ans de formation possibles
pour une toute petite minorité qui le désirait. Mais en 15 ans, le bac
pro a connu un succès colossal et actuellement de plus en plus de
bacheliers professionnels poursuivent leurs études. Nous avons donc
intérêt à réaménager l’ensemble du cursus afin d’éviter les doublons.«  »Va-t-on être capable de faire en 3 ans ce qu’on faisait en 4 ? C’est un
vrai pari pédagogique. L’expérience montre que ce n’est pas injouable",
poursuit le recteur. Il faut selon lui une formation « plus modulaire »,
qui permettrait d’adapter les temps de parcours à chaque élève, mais
« bâtie autour d’un parcours en 3 ans ». Il rappelle en outre, à titre de
comparaison, que "25% des élèves des filières générales et
technologiques font un parcours en 4 ans« , du fait du redoublement. »La voie professionnelle va de plus en plus approvisionner les voies
post-bac et en particulier les BTS", indique-t-il. Interpellé sur la
concurrence induite avec les filières technologiques, il répond : "On
assiste actuellement à un glissement général qu’il faut accompagner
intelligemment. Les filières STI vont de plus en plus approvisionner les
IUT et non plus les BTS. Les deux voies ne doivent pas se cannibaliser.« En revanche, il se dit »le premier à déplorer que la réforme de la
filière STI soit plantée« . »Actuellement, les jeunes, ne sachant pas ce
que va devenir la filière STI, la désertent. On assiste à une chute de
10% des effectifs à chaque rentrée, c’est une véritable catastrophe."

BILAN DE L’EXPÉRIMENTATION

Interpellée sur le bilan de l’expérimentation menée dans l’académie
depuis 2002, Brigitte Colin, déléguée académique aux enseignements
techniques, fait part de « résultats tout à fait à la hauteur ». "50% des
élèves présentent au bout de deux ans un BEP ou un CAP avec un taux de
réussite de 80%", indique-t-elle. Le taux de réussite au bac pro est de
75%. "Le problème, et il est réel, est le taux d’érosion qui va de 14 à
22% selon les filières", tient-elle à préciser. Elle ajoute que l’un des
objectifs de la réforme a échoué : "Elle n’a pas redonné d’attractivité à
la voie professionnelle."

Le recteur précise à l’AEF que le but de sa démarche était aussi de
demander à ces enseignants de « rassurer les familles » et de ne pas
« véhiculer de fausses idées ». L’une des actions de mobilisation des
enseignants de cet établissement a été de se rendre dans les conseils de
classe des collèges environnants pour expliquer qu’il n’y aurait bientôt
plus de BEP. « C’est un vrai problème », relève Alain Boissinot.

Source : dépêche de l’AEF du 2 avril 2008


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