5 mai 2026

Politique éducative

Collèges en progrès : redoutable offensive néomanagériale ou « coquille vide » ?

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Collèges en progrès : redoutable offensive néomanagériale ou « coquille vide » ?

Bilan de notre questionnaire aux adhérentes du SNES-FSU et de notre stage académique du 13 avril.

Qu’est-ce que le dispositif « Collèges en progrès » ?

Le dispositif « Collèges en progrès » a été mis en place dans la précipitation via une simple instruction aux recteurs et aux rectrices en décembre 2025.
En prétendant aider 800 collèges en difficulté, dont seulement 66 % sont classés REP, il menace en réalité l’éducation prioritaire dont la carte n’a pas été révisée depuis 2015.
Il se fonde en effet sur un changement de paradigme par rapport à l’éducation prioritaire en liant l’octroi de moyens (très faibles) et non pérennes, à une obligation de résultat contractualisée sur trois ans.
En mettant de côté la question des inégalités sociales, en réduisant l’échec scolaire à l’usage de mauvaises méthodes pédagogiques, il culpabilise les personnels. La difficulté de l’exercice dans les établissements désignés, s’ils ne sont pas déjà classés en éducation prioritaire, n’est reconnue par aucun label national ni aucune indemnité, ce qui fait écho aux projets de J.-M. Blanquer (ministre de l’Éducation nationale de 2017 à 2022) d’une suppression pure et simple des REP.

Quels sont les dangers de ce dispositif ?

En partant de l’idée que les faibles résultats des élèves viennent de mauvaises pédagogies, « collèges en progrès » constitue une expérience de mise au pas des pratiques, voire de déqualification du métier enseignant.
Le conseil académique des savoirs fondamentaux, nommé par le recteur ou la rectrice, prétend dicter les « bonnes méthodes » en particulier en mathématiques et en français : « feedback », « pédagogie explicite », « acquisition des automatismes »...
Il ne s’agit pas pour nous de rejeter par principe des méthodes pédagogiques qui peuvent avoir un intérêt et dans lesquelles on peut choisir de s’investir, mais plutôt leur instrumentalisation comme « caution scientifique » pour justifier un projet politique aussi bien qu’un manque de moyens. Par exemple, les travaux de l’universitaire néo-zélandais John Hattie (dont la méthodologie est très discutable) placent en tête des méthodes pédagogiques les plus efficaces le feedback (qui ne coûte rien) et en fin de liste les effectifs allégés, alors que des vacances scolaires de longue durée auraient un effet légèrement négatif. On comprend son succès auprès du ministère de l’Education nationale, qui contrairement à nous ne semble pas considérer qu’un « feedback » serait plus efficace avec 16 élèves qu’avec 30.

De même, l’enseignement explicite, censé être particulièrement efficace pour les élèves de milieu populaire, est susceptible de rapidement dériver vers un enseignement « mécaniste », fait de techniques à appliquer, ce qui peut aussi être instrumentalisé pour déqualifier le métier enseignant et justifier les faibles rémunérations. L’enseignant.e devient un.e simple exécutant.e qui applique des procédures et donne à ses élèves des exercices « clé en main », dans le but de les entraîner à réussir à des examens et non de former des citoyen.nes.

Comment le dispositif se met-il en place dans notre académie ?

Premier constat, la taille de notre académie rend plus difficile la mise sous tutelle des collèges concernés, qui sont au nombre de 108.
La mise en place du dispositif va donc varier en fonction du département et surtout des rapports de force au sein de chaque établissement.

En nous appuyant sur les réponses à un bref questionnaire envoyé à nos adhérent.es concerné.es par le dispositif et sur les échanges lors de notre stage du 13 avril, auquel ont participé une cinquantaine de collègues des 4 départements de l’académie, représentant environ un quart des « collèges en progrès », nous avons pu dresser un inventaire (tenant parfois plutôt du bêtisier) des premières réunions pour la mise en place du dispositif dans les établissements.

Dans la rubrique bêtisier nous avons recensé :

  • Des groupes de travail constitués par tirage au sort à l’aide de bonbons
  • Des « world café » : technique d’animation où de petits groupes discutent pour un temps limité d’un sujet autour d’une table (comme au café …) puis changent de table pour un nouveau sujet et ainsi de suite. A la fin de chaque tour, un membre du groupe fait un compte rendu.
  • Des idées affichées au mur sur des post-it multicolores
  • La consigne absconse de « choisir un geste professionnel » et de « faire un pas de côté » par rapport à ce « geste »
  • Des consignes infantilisantes : « Ne pas rester dans la plainte sans proposer », « Ne pas monopoliser la parole »
  • Le vote pour « des enjeux prioritaires » grâce à un QR code …

Pour ce qui est de l’organisation des réunions dans les collèges, la diversité est très importante, de l’organisation totalement libre par les collègues, aux groupes de travail et aux thèmes imposés par les chef.fes d’établissement, en passant par des convocations via un ordre de mission en bonne et due forme. Des formations à la pédagogie explicite ont déjà été programmées dans certains collèges.

Comment agir contre ce dispositif ? En faire une « coquille vide » ?

Nous sommes ici devant des techniques néomanégériales classiques, dont il faut traduire le jargon :

  • « L’autonomie des établissements » mise en avant (« Les solutions doivent venir des équipes elles-mêmes et s’adapter au local ») signifie au contraire une mise sous tutelle par le conseil académique des savoirs fondamentaux et les IPR ou IEN référent.es, qui entendent imposer certaines méthodes pédagogiques.
  • En jouant sur la culpabilisation, les chef.fes d’établissements et équipes du rectorat poussent les collègues à s’imposer à eux-mêmes de nouvelles obligations allant au-delà de leurs obligations légales, ce qui constitue une menace pour nos statuts.

Différentes manières d’agir peuvent être mises en œuvre pour lutter collectivement contre ce dispositif :

  • Réfléchir collectivement pour résister en posant une HIS après la première réunion. Retrouvez notre diaporama pour vos HIS dans cet article.
  • Voter en CA une motion contre le dispositif. Retrouvez notre modèle de motion dans cet article.
  • Il est possible de refuser les réunions, par exemple en se mettant collectivement en grève le jour de la réunion.
  • Demander que la réunion ait lieu sur des thèmes au choix des équipes, sans la présence de l’inspection, et la mettre à profit pour faire un inventaire des moyens qui manquent pour faire face aux attentes.
  • Sensibiliser les collègues au fait que tout ce qui est voté en CA, et en particulier le projet d’établissement, devient contraignant. Il est donc primordial de ne rien s’imposer dans l’organisation des enseignements et de la vie du collège : devoirs communs, brevet blanc le mercredi après-midi ou le samedi matin, PLE (plan local d’évaluation), formations non sollicitées, etc.
    Nous rappelons que selon le Code de l’Education (article L. 912-1-1), « La liberté pédagogique de l’enseignant s’exerce dans le respect des programmes et des instructions du ministre chargé de l’éducation nationale et dans le cadre du projet d’école ou d’établissement avec le conseil et sous le contrôle des membres des corps d’inspection”. Aucune méthode pédagogique ne peut nous être imposée.

N’hésitez pas à nous envoyer vos témoignages ou questions à l’adresse :

colleges@versailles.snes.edu

Le SNES-FSU demande la suppression du dispositif « Collèges en progrès » et la révision de la carte de l’éducation prioritaire (qui doit inclure les lycées), en fonction de critères nationaux et transparents, sous un label unique.
Des moyens correspondant aux réels besoins des élèves et des établissements doivent être attribués à l’éducation prioritaire, notamment afin d’abaisser à 16 le nombre maximum d’élèves par classe, sans contrats d’objectifs reposant sur des critères comptables.
Enfin, l’actuelle prime REP+ doit être étendue à toute l’éducation prioritaire, sans aucune part modulable.

Motion Collèges en progrès
Diaporama HIS collège en progrès Versailles