“Tout reprendre à 365 degrés”
Le dispositif “Collèges en progrès”, détaillé dans une instruction aux recteurs publiée au BO le 18 décembre 2025, puis dans une fiche Eduscol en janvier 2026, est plus connu sous le nom de dispositif des “800 collèges”. ,
Le ministre Édouard Geffray entend “tout reprendre à 360 degrés” dans les 800 établissements qui “concentrent les situations de plus grande difficulté scolaire”.
Les collègues des établissements concernés, considérés comme responsables des faibles résultats de leurs élèves, sommés de “définir une approche adaptée à chaque territoire, au service de la réussite des élèves”, vont en réalité voir leurs pratiques dictées par les Conseils académiques des savoirs fondamentaux avec de fréquentes formations (15 heures par an selon le ministre lors d’une interview) et des visites des corps d’inspection ou de conseillers pédagogiques du premier degré.
C’est “l’école du socle” qui réapparaît avec la volonté d’une fusion des corps des professeurs des écoles et des professeurs de collège, en amenant les PE à intervenir dans le second degré à la faveur de la baisse démographique du premier degré.
C’est aussi le métier réduit à des tâches d’exécution et à la mise en œuvre de “bonnes pratiques”.
Enfin, la contractualisation des moyens et le choix de critères scolaires plutôt que sociaux remet en cause non seulement le paradigme même de l’éducation prioritaire, mais aussi le cadre national de l’enseignement.
Retrouvez nos premières analyses de ce dispositif dans cet article : « Les 800 collèges ou le néo-management à l’assaut de l’éducation prioritaire. »
108 collèges de l’académie de Versailles choisis selon des critères opaques
Ces collèges devaient au départ être sélectionnés selon un unique critère scolaire : une note à l’écrit du DNB inférieure à 8/20 pour plus de 40 % des élèves, en français et en mathématiques.
En pratique, chaque rectorat a pu modifier la liste d’établissements établie par le ministère, en fonction d’autres critères qui n’ont pas été rendus publics : résultats aux évaluations nationales à l’entrée en 6e, autoévaluation récente censée permettre un diagnostic plus aisé des difficultés, IVAC (indice de valeur ajoutée) par exemple.
La liste des collèges choisis pour notre académie (liste en annexe), et fournie par le rectorat à notre demande, révèle quelques surprises.
Tout d’abord, l’académie de Versailles concentre 108 des 800 collèges, soit 13 %, alors que nos 429 collèges publics ne représentent que 8% des collèges de France (mais ce sont plutôt des collèges à gros effectifs). Cette sur-représentation de l’académie n’a cependant rien d’étonnant si l’on considère sa diversité sociale et scolaire.
Ces 108 collèges représentent un quart des 429 collèges publics de l’académie.
Le département qui compte le plus de collèges dans la liste est le Val-d’Oise, plus touché par les difficultés sociales et scolaires. Cela représente tout de même 45 collèges, soit près de 40 % des 114 du département.
Tous les collèges REP+ sont intégrés dans le dispositif ainsi que 32 REP sur 35.
Au deuxième rang, l’Essonne compte 30 collèges sur 101 dans le dispositif, soit près de 30 %. 17 sur 22 appartiennent à l’éducation prioritaire, dont 6 en REP+. Tous les collèges REP+ sont donc concernés.
Dans les Yvelines, qui comptent 115 collèges, 20 figurent sur la liste, dont 12 sur les 19 de l’éducation prioritaire (donc 17 % des collèges, dont 8 sur 12 en REP+), et cela selon des critères n’apparaissant pas de manière évidente. L’un des collèges REP+ non retenus, affiche par exemple un IPS de 74,4, un IVAC largement négatif et une moyenne à l’écrit du DNB 2024 de 7,3/20. Cette moyenne comprend certes toutes les disciplines, mais il est peu probable que les difficultés n’y existent qu’en mathématiques et en français.
Plus étonnant encore, on trouve dans la liste un collège plutôt rural dont l’IPS dépasse 115 (moyenne au DNB de 9,3).
Dans les Hauts-de-Seine, seuls 13 % des collèges “bénéficient” du dispositif (13 sur 99), dont un seul (sur 2) en REP+. 8 collèges sur les 20 classés en REP sont concernés.
De manière générale, 65 % des collèges choisis dans l’académie sont classés REP (70 sur les 108). On peine donc à comprendre en fonction de quoi des établissements ayant des caractéristiques similaires ont été sélectionnés ou non.
Les 35 % restants ont souvent un IPS proche de ceux de l’EP, mais plus d’une dizaine se situent entre 100 et 115, donc autour ou dessus de la moyenne nationale.
6 collèges REP+ (5 dans le 78 et 1 dans le 92) ne sont pas intégrés au dispositif.
Le SNES-FSU porte un projet bien différent de celui du dispositif “Collèges en progrès” :
- Révision et élargissement de la carte de l’éducation prioritaire selon des critères négociés et transparents.
- Extension de l’indemnité REP+ à toute l’éducation prioritaire,
- 20 élèves par classe et 16 en EP,
- Émancipation par le savoir de tous les élèves dans un cadre national,
- Liberté pédagogique des enseignants.
Il faut se saisir de la baisse démographique pour enfin mettre en œuvre de meilleures conditions d’enseignement !
