9 décembre 2025

Les personnels

Rentrée et fin d’année : quid des manuels scolaires ?

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1. Etat des lieux


La circulaire des missions des professeurs documentalistes de 2017 (circulaire 2017-051) n’aborde pas la question des manuels scolaires. Mais nous sommes nombreux et nombreuses à nous retrouver confrontées à celle-ci en arrivant sur un nouveau poste. 
En effet, dans l’imaginaire de beaucoup de nos collègues, CDI et profs docs = livres = manuels scolaires. 
Souvent nous sommes confrontées à de nombreuses difficultés en lien avec cette question : 

  • des habitudes ancrées dans la vie de l’établissement où c’est le ou la prof doc qui fait tout
  • un manque d’AED dans l’établissement
  • des anciens manuels qui n’ont pas été mis au pilon ou bennés
  • la présence de la base des manuels dans le logiciel de gestion documentaire du CDI
  • l’installation du logiciel de gestion des manuels sur le poste du ou de la prof doc
  • une équipe de collègues qui ne prend pas la mesure de l’ampleur de la tâche
  • des prêts et retours à réaliser aux départs et arrivées d’élèves au fil de l’année
  • une non-gestion des manuels perdus ou non rendus par les élèves : demande d’édition de factures, inventaire, réassort...
  • une direction qui décide que c’est aux profs docs de gérer et distribuer les manuels
  • des collègues qui veulent que les profs docs s’occupent de leurs specimens
  • ...

La gestion et la distribution des manuels (un travail lourd, et répétitif, susceptible d’engendrer des blessures, donc des accidents du travail, et des troubles musculo-squelettiques...) ne peut évidemment pas reposer sur une seule personne.


Un texte de cadrage daté, mais non abrogé

La circulaire n°IV-70-68 du 5 février 1970 - BO n°7 du 12 février 1970 - RLR 572.0 traite de la répartition des tâches de gestion et distribution des manuels scolaires. Mais ce texte, daté à bien des égards, est difficile à trouver. 
En voici quelques extraits : 

"Objet : Régime de prêts de certains livres scolaires aux élèves des classes de Sixième et Cinquième des établissements d’enseignement public relevant de la direction de la Pédagogie, des Enseignements scolaires et de l’Orientation. 
[...]I. ORGANISATION DE LA BIBLIOTHÈQUE DE MANUELS SCOLAIRES
[...]13. Fonctionnement du service de prêt 
130. Organisation du service 
Le service de prêt fonctionne sous l’autorité du chef d’établissement et sous la garde et la surveillance du censeur, du directeur des études, du sous-directeur ou d’un surveillant général dans les établissements où ces emplois existent. Le fonctionnaire désigné prend en charge l’ensemble des ouvrages et matériels remis par l’intendant dans les établissements nationaux et par le chef d’établissement dans les autres établissements. Si l’établissement possède un service de documentation et d’information pédagogiques, le documentaliste apporte son aide à l’adjoint du chef d’établissement pour organiser et assurer le bon fonctionnement du service de prêt (cf. circulaire n° IV-68-245 du 15 mai 1968) 

131. Modalités du prêt aux élèves 
[...]La mission de distribuer les ouvrages prêtés aux élèves est confiée au professeur principal et doit être effectuée dès les premiers jours de l’année scolaire. 
Le prêt à chacun des élèves est constaté à l’aide d’une fiche que ceux-ci remplissent, en double exemplaire, au moment même de la remise des livres. Cette fiche mentionne notamment les nom et prénoms de l’élève, sa classe, le détail des ouvrages prêtés, la date du prêt et l’état (neuf, très bon, passable) des manuels lors de la remise. Le premier exemplaire est émargé par l’élève sur place, le second est adressé aux parents pour visa. Les élèves sont, en outre, invités à inscrire au verso de la couverture des livres leurs nom et prénoms, l’année scolaire, à les recouvrir dès la rentrée et à ne porter aucune inscription ni annotation sur les pages des ouvrages prêtés. 
Tout élève quittant l’établissement doit restituer les ouvrages sans délai. 
La responsabilité pécuniaire des familles est engagée dans les conditions du droit commun en cas de dégradation, ou de perte des ouvrages prêtés à leurs enfants."

La tâche de la distribution reviendrait donc aux professeures principauxales... mais encore une fois, comment considérer qu’elles et ils auraient à s’acquitter seules de cette tâche ?
Par ailleurs, si la référence à l’apport des compétences techniques du ou de la professeure documentaliste est citée dans la circulaire de missions de 1986, rappelons que cette circulaire est abrogée.

Plutôt que de dire simplement qu’il ne s’agit pas de nos missions, nous conseillons de demander à fournir le texte qui spécifie que c’est au ou à la prof doc d’effectuer cette tâche. 

C’est par ailleurs au service d’intendance de commander, gérer et éditer les factures. Nous ne sommes en aucun cas responsables du fonds des manuels scolaires car nous ne ne gérons pas ce budget. Juridiquement, nous pourrions être tenus responsables d’une facture erronée que nous aurions établie. 


2. Comment lutter ?


Ne pas rester seule

Surtout, ne restez pas isolée ! Rapprochez-vous de vos collègues, expliquez-leur ce que vous vivez. Vous pouvez aussi en parler en heure mensuelle d’information syndicale (HMIS), en salle des profs ou en conseil pédagogique. Une question diverse peut aussi être posée lors d’un conseil d’administration (CA). 
Prévenez le SNES-FSU des démarches que vous entamez en écrivant un mail à s3ver@snes.edu et en précisant « profs docs » dans l’objet. 


Se demander ce qu’on a à perdre ou à gagner à mener ce combat

Nous sommes une profession très dépendante de nos relations avec notre direction et notre service de gestion. Rappelons que nous n’avons pas d’inspection spécifique à la documentation. Notre inspection EVS (établissements et vie scolaire) est la même que celle de la direction, et ce n’est souvent pas le parti du ou de la prof doc qui sera pris en cas de conflit. De plus, en cas de conflit ouvert, le service de gestion pourrait par exemple faire le choix de ralentir le passage de nos commandes. Ce sont malheureusement des paramètres à prendre en compte. 


Etre force de proposition

Quand on arrive sur un poste, on peut avoir à trancher entre refuser catégoriquement de participer aux tâches qui ne relèvent pas de nos missions ou bien essayer de changer les choses progressivement. Chacune fera en fonction de ce qui lui parait le plus juste.
Toutefois, pour ne pas se voir imposer une situation, il est toujours préférable de proposer d’emblée une alternative : distribution et récupération avec les profs principaux, la vie scolaire, l’administration. On trouve en ligne des tableaux de répartition des tâches sur le modèle de « qui fait quoi ? » et des idées d’argumentaires. Il est possible de s’en inspirer. Nous pouvons argumenter en disant que nous avons de nombreuses missions à réaliser à la rentrée et en fin d’année en expliquant ce qu’il se passera si elles ne sont pas accomplies : désherbage, récolement/inventaire, réaménagement de l’espace, rédaction des bilans et projets, participation aux réunions, harmonisation de la base... Même si nous n’avons pas de cours, ni d’élèves, nous continuons à effectuer notre service d’information-documentation de 30h hebdomadaires. 


Prendre soin de sa santé 

Réaliser les tâches répétitives et lourdes de distribution et récupération des manuels seule, c’est prendre le risque de se blesser. On ne compte plus les collègues en accident du travail, avec parfois des séquelles durables et handicapantes, suite à ces manipulations excessives.
Si cela vous arrivait, ne tardez pas à faire les démarches pour faire reconnaître l’accident de service. Elles sont détaillées dans cet article

N’hésitez pas non plus à remplir le RSST (registre santé et sécurité au travail) pour signaler les faits ou les événements qui détériorent les conditions de travail ou qui engendrent un risque pour la santé et la sécurité des personnels et des usagers. Cet article précise son rôle et explique comment l’utiliser.


Pour un partage équitable de la tâche

C’est la direction qui devrait impulser et répartir les tâches puisque cette mission se déroule « sous l’autorité du chef d’établissement ». L’organisation de la distribution et de la récupération des manuels scolaires devrait être pensée collégialement. En effet, on vous rétorquera que ce n’est le travail de personne, qu’il faut donc trouver quelqu’un pour le réaliser, et que vous devez « coopérer au sein d’une équipe » qui est la compétence commune n°10 du référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l’éducation (Arrêté du 1-7-2013 - J.O. du 18-7-2013) : https://www.education.gouv.fr/bo/13.... Cela nous donne aussi un point d’appui : il faut que la tâche soit partagée équitablement au sein de l’équipe et en fonction de l’expertise de chacun. 


Specimens

Le GIDEC/GECRI a pris l’habitude de contacter les profs docs pour élaborer des listes d’enseignants à vocation commerciale. Or, cela est contraire au RGPD (Règlement Général de la Protection des Données : https://www.cnil.fr/fr/reglement-europeen-protection-donnees) car il s’agit de données personnelles. L’inscription sur ces listes relève donc d’une démarche individuelle. Nous vous conseillons : 

  • de transmettre le lien du GIDEC aux collègues pour qu’iels s’inscrivent seules
  • d’envoyer les cartons de specimens en salle des professeures quand ils vous sont livrés, pour que chaque collègue récupère elle-même ou lui-même les specimens qui lui reviennent.
  •  

Le choix d’un nouveau manuel relève de la liberté pédagogique des équipes disciplinaires et s’effectue en conseil d’enseignement. Sans intervenir dans ce choix, il est important de communiquer à propos des oligopoles que représentent beaucoup de maisons d’édition. Nous vous invitons à consulter cette carte qui les représente : https://www.monde-diplomatique.fr/cartes/edition-qui-possede-quoi


Cas des manuels numériques

Cela pose le problème des licences et de leurs attributions. Aucun texte n’impose aux profs docs ou aux RRUPN (référentes pour les ressources et usages pédagogiques numériques) de réaliser cette tâche. Dans certains établissements, cela relève des enseignantes coordinateurices ou du secrétariat. 


Logiciel et poste informatique utilisés

Refusez que la gestion des manuels se fasse dans le logiciel de gestion documentaire du CDI et que le logiciel utilisé pour cette tâche soit installé sur votre session personnelle et votre poste de travail au CDI. La douchette du CDI ne devra pas être utilisée pour la distribution ou le retour des manuels scolaires. 


Le collectif des professeures documentalistes du SNES-FSU Versailles


Si vous souhaitez nous rejoindre, n’hésitez pas à contacter le SNES-FSU Versailles en écrivant à s3ver@snes.edu avec pour objet « collectif profs docs ».