10 avril 2025

Les personnels

Connaître l’extrême-droite pour mieux la combattre : un enjeu syndical - Compte-rendu du débat AG Créteil mars 2025

    Partager cet article :

Récemment, l’AG des retraitées de Créteil a invité notre camarade lyonnais, Éric Jandaud du secteur Droits et Libertés du SNES-FSU pour intervenir sur les impacts de l’extrême droite dans le monde de l’éducation et le syndicalisme ainsi que Vincent Edin, journaliste, auteur de « En finir avec les idées fausses propagées par l’extrême-droite » aux éditions de l’Atelier.
Deux interventions riches et passionnantes suivies d’un débat nourri par de nombreuses interventions.

Eric Jandaud a rappelé que le programme du Front national de JMLP des années 80 était ultra libéral et qu’il préconisait la création d’un « chèque éducation » versé aux familles mettant à égalité le public et le privé. A partir de 2011 et l’arrivée de Marine LP à la présidence du parti, le programme évolue et le FN de l’époque décide de faire de l’entrisme dans un certain nombre de syndicats de la Fonction publique (police...). Dans l’Education, il s’investit dans la création du collectif « Racines » (avec des membres du Snalc, FO…) qui préconise la fin du « collège unique », le renforcement de « l’autorité » du professeur… Si ce collectif est en berne aujourd’hui, le programme du FN exige la révision des programmes scolaires et leur recentrage vers les « fondamentaux » ; la refonte des manuels scolaires ; le devoir de « neutralité » des fonctionnaires ; le respect de la « laïcité » (version islamophobe...) et parallèlement, demande l’abrogation de la réforme du bac…
Le RN s’appuie sur une progression de leur influence chez les enseignants (aux élections législatives de 2012 seuls 3 % des enseignants ont voté pour le FN alors qu’ils étaient 20 % en 2024…). Cet électorat RN enseignant souffre du « déclassement », du manque de respect supposé des élèves, rêve de plus « d’autorité », de « sécuritaire » : on retrouve là des thèmes également portés par la droite et les macronistes.
Du côté des usagers, l’extrême-droite multiplie les groupes de pressions : SOS Education milite pour l’apprentissage syllabique de la lecture puis, dénonce « le pédagogisme », plus récemment, « l’idéologie trans » tout comme des associations de parents d’élèves comme les « mamans louves » et son équivalent masculin sans oublier le lancement, de « parents vigilants » fin 2022 par le « publiciste » d’extrême-droite, Eric Zemmour. Ces derniers sont particulièrement actifs sur les réseaux pour dénoncer le soit-disant « wokisme », l’EVARS et mènent des campagnes de dénonciation de collègues jugés trop progressistes.

Vincent Edin faisait remarquer que les menaces que fait peser l’extrême-droite sur l’Education sont un peu les mêmes dans le monde. Depuis une vingtaine d’années s’est constitué le réseau « Atlas » financé par de grands groupes pétroliers aux Etats-Unis (auquel appartient des responsables français comme Sarah Knafo de Reconquête...) qui développe les mêmes modes opératoires : aux Etats-Unis existent le même type d’association de parents d’élèves comme les « prouds mums » ; depuis l’arrivée de Trump, le ministère de l’Education est démantelé ; des milliers de livres prônant l’égalité femmes-hommes, rappelant les questions environnementales...ont été censurés. Les attaques sont les mêmes en Italie avec Giorgia Meloni ainsi qu’au Brésil du temps de Bolsonaro qui dénonçaient l’instrumentalisation de l’école par la gauche pour « sexualiser les petits enfants » !
Ainsi, lorsque l’extrême-droite arrive au pouvoir dans certains pays du monde, elle s’en prend à l’Education pour y promouvoir sa vision réactionnaire.

La victoire de l’extrême-droite aux prochaines élections est loin d’être inéluctable si nous entreprenons un travail intersyndical d’explication mais aussi de mobilisation dans le cadre de cette « maison commune du syndicalisme » que nous souhaitons construire avec la CGT et Solidaires. Nous devons également favoriser la création, partout où c’est possible des collectifs VISA.
Didier Rambault