10 octobre 2024

Politique éducative

Bilan de rentrée 2024 dans les collèges

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Une cinquantaine de questionnaires de notre enquête de rentrée nous sont parvenus des quatre départements de l’académie, ce qui représente environ 8 % des collèges.
Le panel est très varié, de la REP+ à l’établissement très favorisé.
La nouveauté de cette année est l’application (ou non) du « choc des savoirs » qui revêt pour ainsi dire autant de formes qu’il existe de collèges.

1) LES PROBLEMES RECURRENTS

Les classes surchargées

Près de 70 % des réponses insistent sur des effectifs trop lourds, autour de 30 élèves, voire 31, et 27 à 28 en éducation prioritaire. Cela pose des problèmes de manque d’espace dans les salles, voire de sécurité lorsque l’accès aux sorties est encombré.
6 collèges nous signalent des ouvertures de classes au mois de juin, sans forcément l’attribution d’un nombre d’heures suffisant.

Les postes non pourvus

En contradiction avec les promesses ministérielles, comme chaque année, des collègues ne sont pas remplacés alors même qu’il s’agit d’absences prévues de longue date comme des congés maternité ou des congés maladie de longue durée.
Dans près de 60 % des collèges, au moins un BMP manquait à la rentrée. Les disciplines concernées sont variées : éducation musicale (11 collèges), français (7 collèges), mathématiques et technologie (5 collèges), arts plastiques, anglais et physique-chimie (3 collèges), SVT (2 collèges), histoire-géographie, allemand, espagnol, espagnol (1 collège).
Dans deux collèges, il manque un.e CPE.

Les HSA

Certains collèges n’ont pas ou très peu d’HSE, alors que dans d’autres les collègues (surtout ceux en début de carrière) subissent des pressions pour en accepter au-delà des deux obligatoires. Au moins un chef d’établissement impose quasi systématiquement 2 HSA aux enseignants, quitte à partager des classes, ce qui est une absurdité totale puisque la justification des HSA est au contraire d’ajuster le service en fonction du nombre d’heure de cours hebdomadaire dans chaque classe.
Dans au moins un collège, les HSA servent de moyen de pression pour la sauvegarde de certaines options.

Le manque d’attractivité de la mission de professeur principal

La charge de travail qui s’alourdit (en particulier en 3e) et la faiblesse de la rémunération accentuent la tendance : de plus en plus de chefs d’établissements peinent à recruter suffisamment de PP et peuvent exercer de fortes pressions sur les collègues, y compris les TZR.

L’école inclusive sans moyens

Des élèves se trouvent encore sans AESH, certains postes restant non pourvus.
Il n’est pas rare qu’un AESH prenne en charge plusieurs élèves dans la même classe.
Les inclusions sont de plus en plus difficiles dans les classes surchargées (élèves d’ULIS, de SEGPA ou d’UPE2A).
Derrière les beaux discours ministériels sur l’école inclusive se cache en réalité une politique d’économie budgétaires sur le dos des plus fragiles.

Les vies scolaires sinistrées
Les réductions de postes associées aux difficultés de recrutement entraînent un nombre insuffisant d’AED dans tous les établissements.

Les CLA portés disparus
A chaque enquête nous posons la question, mais toujours aucun collège ne nous a signalé avoir signé un CLA (contrat local d’accompagnement) destiné à fournir quelques moyens supplémentaires sur la base de projets, ce qui est une bonne chose.

2) LES NOUVEAUTES

Pas une rentrée sans sa « réforme » …
Nouveauté de l’an dernier, le Pacte semble voir ses crédits réduits. Il privilégie cette année très clairement les RCD (remplacements de courte durée) qui sont accordés par demi-parts dans plusieurs établissements, puis le dispositif « devoirs faits ». Les RCD ne peuvent plus, sauf exception être payés en HSE. L’octroi des Pactes continue à se faire dans une certaine opacité.

Le choc des savoirs

Grande nouveauté de cette année, le « choc des savoirs » qui entend imposer des « groupes de besoins » sur tout l’horaire de mathématiques et de français en 6e et en 5e n’est tout simplement pas appliqué dans deux collèges, dont l’un est sélectif et particulièrement favorisé socialement.
25 % des collèges appliquent à la lettre la réforme en créant des groupes de niveau, en général pudiquement rebaptisés « groupes de besoins » ou « groupes de réussite ».
Environ 40 % des collèges ont mis en place des groupes hétérogènes.
17 % des collèges ont mis en place une formule intermédiaire : une classe CHAM « de niveau » pas concernée par les groupes, 4 ou 5 élèves extraits de leur classe pour former un ou deux groupes « faibles » et groupes hétérogènes pour les autres, groupes en 6e mais pas en 5e , groupes de besoin sur une partie de l’horaire seulement …
Même lorsque des groupes hétérogènes sont mis en place, la nécessité des « barrettes » complexifie et détériore les emplois du temps des élèves comme des enseignants. Beaucoup de collègues déplorent des emplois du temps à trous et des aberrations pédagogiques comme 3h de cours avec la même classe pendant la même journée.
Les élèves de 6e qui ont déjà des cours en groupes sont déstabilisés par la complexité des emplois du temps et le nombre plus important de professeurs.
Les collègues se plaignent massivement de changements de salles incessants.

Il est important de rappeler que les groupes en mathématiques et français ont été en partie financés grâce à la suppression de la technologie en 6e qui ampute d’une heure l’emploi du temps hebdomadaire des élèves (réduit à 25h de cours). Ils sont également presque toujours pris sur la marge d’autonomie par la suppression de dédoublements pour les autres niveaux et les autre disciplines, ou par une réduction de l’horaire des options.

Avec la mise en place du « choc des savoirs », l’autonomie des établissements est encore accrue, ce qui met à mal le service public d’éducation et accentue la tendance aux dérives autoritaires d’un nombre non négligeable de chefs d’établissements.

N’hésitez pas à nous signaler tout problème aux adresses suivantes :

s3ver@snes.edu
colleges@versailles.snes.edu