ParcourSup - bilan académique - obtenir la transparence sur ParcourSup, un enjeu démocratique

dimanche 10 juin 2018
par Snes S3 SV

[Mise à jour 10 juin]
Jour après jour, la Ministre de l’enseignement supérieur continue son opération médiatique de promotion de ParcourSup : la nouvelle plateforme serait un succès, qui irait au-delà des espérances. Un coup d’oeil aux statistiques diffusées par le Ministère lui-même : au 10 juin, seuls 38% des élèves de terminales ont définitivement accepté une proposition. Près de 2/3 des élèves ont donc reçu une réponse (ou pas) qui ne les satisfait pas ! A titre de comparaison, l’an dernier au 8 juin : plus de 80% des candidats avaient reçu une réponse positive à l’un de leurs vœux (pour 50% c’était le premier vœu).

Le bilan de l’enquête académique met aussi en avant d’importantes inégalités territoriales. Dès les premiers résultats, il apparaissait que les lycéens de l’Education Prioritaire étaient clairement pénalisés, en recevant moins de propositions que dans les autres lycées. Il semble désormais évident que l’origine géographique a pesé lourd dans le destin des élèves. Si ces inégalités ont toujours existé, elles semblent amplifiées par ParcourSup, loin des éléments de langage bien rodés du gouvernement. Le 23 mai, au lendemain des résultats, 76,8% d’élèves du lycée Hoche (Versailles) avaient avec au moins une proposition d’admission. Dans les lycées de l’Education Prioritaire, 25% des élèves, en moyenne, avaient une proposition. Dans la plupart des lycées, 40% des élèves, en moyenne, avaient une proposition.
Au 4 juin, 94,8% des élèves du lycée Hoche avaient au moins une proposition ferme, tandis que dans les autres lycées, ce chiffre atteignait péniblement 60%, tout en étant toujours plus faible dans l’Education Prioritaire.

Les élèves des filières technologiques sont toujours davantage en attente de réponse que les élèves de filières générales.

Les universités de proximité offrent de réelles chances de réussite aux élèves, souvent méconnues. Mais l’analyse des réponses faites aux vœux sur des universités parisienne laisse là-aussi apparaître des distorsions territoriales intrigantes. Ainsi au lycée Rosa Parks (Montgeron), 95% des TES n’ont eu aucune proposition sur leurs vœux « parisiens ». On retrouve ces mêmes proportions dans bon nombre de lycées de l’académie.

Quelques présidents d’université ont rapidement admis avoir utilisé le lycée d’origine comme critère de tri des élèves. Mais très peu de formations ont joué le jeu de la transparence : quels sont les critères qui ont été utilisés ? Quels sont les les quotas d’élèves hors académies dans les filières universitaires ? Le SNES-FSU Versailles a demandé au Recteur que les algorithmes locaux, ainsi que les quotas d’élèves hors académies soient rendus publics. Il y a là un enjeu démocratique : qui pourrait accepter que la plus grande opacité, et donc un soupçon d’arbitraire, continue de planer sur les modalités d’orientation post-bac de milliers d’élèves ?
Le SNES-FSU Versailles continuera, dans les prochains jours, les démarches indispensables pour obtenir la plus grande transparence sur ParcourSup


Publication le 24 mai A partir des premiers retours à notre enquête, qu’il est toujours possible de remplir, ( combien d’élèves sans proposition dans votre classe , qui forment un échantillon représentatif d’établissements, il est possible de tirer les premières conclusions suivantes

  • le taux d’élèves sans réelles propositions (non et/ou en attente) est plus élevé que ce qu’annonce la Ministre de l’Enseignement Supérieur. Alors que cette dernière annonçait que près de la moitié des élèves seraient en attente au soir des premiers résultats, dans l’académie, aux premiers jours des résultats de ParcourSup, ce sont près de 60% des élèves par classe, dans les filières générales, qui n’avaient pas de propositions. Dans certaines classes, ce taux est très éleve (80% dans une TS par exemple)

  • les filières technologique affichent des taux encore plus élevés : près de 70% d’élèves sans propositions. Des élèves de ces filières, d’un assez bon niveau, se trouvent même en attente sur des BTS ou des DUT qui correspondent à leurs filières.

  • Les lycées de l’Education Prioritaire semblent plus touchés : il n’est pas rare que seul 25% d’une classe ait une réponse avec une proposition d’admission.

  • En plus de la situation de l’Education Prioritaire, une analyse fine des résultats montre que l’origine géographique des élèves semble avoir peser lourd  : les élèves de banlieue, quand ils ont une proposition (!), l’ont davantage sur des filières de proximité, que ce soit en filière universitaire ou en filière sélective. En comparaison avec les années précédentes, des élèves aux résultats comparables n’accèdent à aucune filière en dehors de quelques propositions de secteur. C’est un bien mauvais signal envoyé aux jeunes et cela préfigure peut-être de ce que sera le lycée dans le cadre des réformes Blanquer, où le poids du local est renforcé.

  • les files d’attente sont impressionnantes (plusieurs milliers de candidats) et ne se résorbent que de manière inégale. Si la Ministre communique sur une diminution du nombre d’élèves concernés, il convient d’analyser plus finement les propositions qui sont alors faites aux élèves. En effet, ils n’ont souvent eu qu’une nouvelle proposition depuis mardi, et bien souvent sur un « voeu de secours » qui est loin de les satisfaire complètement. Derrière les statistiques officielles, la réalité humaine est bien différente de la communication gouvernementale. L’attente, et la nécessité pour les élèves de devoir se connecter tous les jours pour suivre l’évolution de leur situation, rend leur quotidien pour le moins stressant et pesant !

  • De nombreux exemples illustrent le caractère en réalité complètement aléatoire de ParcourSup
    * excellente élève de TS, 18 de moyenne générale, en attente sur des voeux de licence de maths !
    * des élèves de STMG aux dossiers assez solides refusés sur tous leurs voeux d’IUT
    * une élève de TS qui obtient un non sur un voeu de licence en psychologie
    * des élèves avec de très bons résultats en anglais refusés en LEA
    Ces exemples montrent une forme d’arbitraire et, que non seulement, une forme de sélection à l’université s’est opérée, ce qui est déjà problématique, mais qui s’est faite, en plus, dans la plus grande opacité.

Très tôt, le SNES-FSU, comme bon nombre d’organisations syndicales de personnels, de lycéens et d’étudiants a dénoncé l’esprit de la réforme de l’accès à l’enseignement supérieur qui tourne le dos à la nécessité de démocratiser l’enseignement supérieur. Le fiasco d’APB et notamment le recours au tirage au sort ne pouvait être réitéré, mais ParcourSup réussit l’exploit de générer autant, si ce n’est plus de stress, de déception et surtout d’incompréhension. Les personnels, professeurs principaux ou Psy-EN, ont été mis en grande difficulté en devant gérer l’attente et l’angoisse des élèves
Lire notamment Droit dans le mur et Génération crash-test
La FSU exige que le gouvernement ouvrent sans tarder des négociations pour construire une autre politique pour l’enseignement supérieur et un système d’affectation national, transparent, juste et respectueux des aspirations des lycéennes et des lycéens. Lire le communiqué La FSU dénonce le fiasco de ParcourSup

Quelques réactions de professeurs




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