Le pacte de compétitivité : quels résultats ?? Pour l’investissement et l’emploi ? ou pour les dividendes ?

jeudi 25 septembre 2014
par Snes S3 JJD

 Le pacte en bref :en trois ans, 42 milliards € en plus pour le patronat, 50 milliards € en moins pour les services publics et la protection sociale

 Addition Pour le patronat +42

  • 20 milliards du crédit impôt emploi compétitivité
  • 10 milliards de nouvelles exonérations de cotisations sociales (suppression des cotisations patronales au Smic, amputation des cotisations pour les autres salaires) (1)
  • 12 milliards de nouvelles réductions d’impôt : suppression de la Contribution Sociale de Solidarité des Sociétés , réduction de l’impôt sur les sociétés

  Soustraction –50 Pour les salariés et retraités

  • 18 milliards Dépenses de l’état
  • 11 milliards collectivités territoriales
  • 10 milliards Assurance maladie
  • 11 milliards « autres prestations sociales »

Le but affirmé est à la fois de réduire les déficits (pour donner confiance « aux marchés ») et d’augmenter les marges des entreprises qui ainsi, nous dit on, vont pouvoir investir et embaucher

Il est pourtant bien clair que réduire les dépenses publiques, réduire les prestations sociales c’est amputer la demande, aussi bien publique que privée et quelle entreprise investira et embauchera si le carnet de commandes est vide ?

Les multiples avertissements de toute part y compris d’économistes réputés alertant sur les dangers de cette politique ont été traités avec le plus grand mépris.

Aujourd’hui ce qui devait arriver arrive et Michel Sapin, ministre des finances est obligé d’admettre « la panne » :

  • le chômage continue d’augmenter
  • la croissance est réduite presque à néant pour l’année en cours (0.4%) et en 2015 (1% au lieu de 1.7% annoncé encore en juin)

 Un objectif central , la réduction des déficits qui tourne au mirage

Les apprentis sorciers qui nous gouvernent ont beau amputer les dépenses. en asphyxiant l’activité, ils amputent aussi largement les recettes (déjà en juin la cour des comptes faisait ce constat ).

Et de ce fait, les déficits ne se réduisent pas : 4,4 % du produit intérieur brut (PIB) en 2014, alors que l’objectif affiché en loi de finances initiale était de 3,6 %.

Ces déficits publics, qui ont atteint 4,3 % en 2013, ne sont donc pas en baisse, mais… en hausse !

L’objectif de François Hollande de réduction des déficits à 3 % (pour 2013) est reporté à 2017. La politique d’austérité, au prétexte de la réduction des déficits n’amène aucun résultat.

 Pour l’activité économique et l’emploi , un fiasco confirmé

Voilà ce qu’en disait le 25 Juin Valérie Rabault, rapporteur général du budget « Selon les prévisions établies par le ministère des finances et des comptes publics dont dispose la Rapporteure générale, le plan d’économies de 50 milliards d’euros proposé par le gouvernement pour la période 2015 à 2017, soit une réduction des dépenses de plus de 2 points de PIB, aurait ainsi un impact négatif sur la croissance de 0,7 % par an en moyenne entre 2015 et 2017, et pourrait entraîner la suppression de 250 000 emplois à horizon 2017. »

Le choix d’investir et d’embaucher pour une entreprise dépend non seulement de ses marges mais aussi et surtout de la perspective de pouvoir vendre. Et il est frappant de constater qu’à côté d’un Pierre Gattaz qui réclame toujours plus de baisses d’impôt et de charges,et toujours moins de dépenses publiques, le patronat du BTP , lui, s’affole de la baisse massive des investissements de collectivités territoriales, pressurées par le pacte.

Ce qui fait (encore) la différence entre la crise actuelle et la grande dépression des années trente est que le niveau des dépenses publiques et de la protection sociale maintient encore, tant bien que mal, la demande. Les libéraux de toute provenance qui dénoncent cette part élevée de la dépense publique comme « irresponsable » feraient bien de s’appliquer le qualificatif : c’est cela qui sépare encore nos économies du gouffre. L’exemple grec ou espagnol ne suffit pas ?

Visiblement, la politique menée successivement par Sarkozy puis par Hollande a totalement échoué à atteindre les deux objectifs proclamés (relancer l’activité et donc l’emploi, et réduire les déficits) mais qu’importe, le discours officiel est qu’il faut poursuivre dans la même voie plus vite, plus fort pour obtenir des résultats « un jour » (alors que chaque trimestre le président de la République nous annonçait le « retournement », on en est maintenant à « espérer » des effets avant 2017 !).

En bref, on ne change surtout pas une politique qui perd et cela quel qu’en soit le prix économique, social, politique pour notre pays.

 Un résultat pourtant, les dividendes progressent de 30 % au second trimestre.

L’argent distribué à foison au patronat (et gagé sur le blocage des salaires, le sacrifice des services publics et de la protection sociale) ne sert pas à embaucher ou à investir, mais à conforter encore un peu plus la fortune des plus riches.

Vaste redistribution sociale à l’envers pour complaire au monde de « la finance » , directement représenté désormais au gouvernement par Monsieur Macron, ancien dirigeant de la banque Rothschild (2)

Est cela le véritable objectif des politiques d’austérité : imposer l’austérité à 99 % de la population pour satisfaire toujours plus 1 % de privilégiés ? Aux uns, on demande « d’être patients », mais pour les autres, tout est versé « cash ».

Aujourd’hui, il s’agit de mettre en échec cette politique suicidaire et d’agir pour les salaires, pour les services publics , et pour la protection sociale.

C’est nécessaire pour répondre aux besoins essentiels de la population, trop ignorés ces dernières années , c’est le moyen pour relancer effectivement la demande, et donc l’activité et l’emploi.

Cela suppose évidemment que la puissance publique prenne enfin ses responsabilités et ne laisse pas toute l’activité économique aux seules mains d’un grand patronat dont la cupidité est le seul moteur.

Au delà de la réponse à des revendications urgentes, il est vital d’enrayer la marche à l’abîme qui caractérise la situation présente et qui vient de l’aggravation des politiques libérales, menées par les uns et par les autres, en dépit de l’alternance de 2012 et au mépris total des engagements pris.

Un changement de cap est donc indispensable , il ne pourra être que le résultat d’un mouvement de masse de grande ampleur pour la justice sociale, pour une économie au service du peuple et pas seulement de quelques milliardaires, et pour la démocratie.

 Annexe « l’exemple allemand », une escroquerie intellectuelle

Ceux qui parlent tous les jours dans les grands médias ont un argument constant. La France souffrirait surtout de ne pas avoir imité l’Allemagne et les « réformes » (mot magique) Schroder du début des années 2000 (baisse du coût du travail par développement de la précarité et mini jobs imposés à 1 € de l’heure aux chômeurs) .(3)

C’est oublier deux réalités majeures

1. la compétitivité allemande est en grande partie une compétitivité « hors coût », liée à la qualité des produits (biens d’équipement surtout). L’avantage de l’industrie allemande est alors d’être la seule à pouvoir proposer certains produits à une certaine qualité, et le prix n’est pas le problème.

2. la relance de l’économie allemande est aussi liée à des exportations massives vers les pays d’Europe du sud, endettés alors massivement à cette fin (ce que les allemands tiennent pour « laxiste » mais cette demande extérieure laxiste les a bien servis).

Si tous les pays européens, au début des années 2000, avaient pratiqué la même politique « allemande » de baisse des coûts sociaux et d’austérité budgétaire, il y aurait eu alors un effondrement des économies européennes par manque de demande.

C’est ce qui menace maintenant où, suite aux cures d’austérité imposées à l’Europe du sud, la zone Euro est en récession et où, à son tour, l’économie allemande stagne. En bref, la politique allemande, au prix de lourds sacrifices pour les travailleurs, a pu temporairement réussir parce que les autres pays européens avaient une tout autre politique plus « dépensière ».

L’imitation générale du modèle allemand conduit droit à l’effondrement : tous les pays ne peuvent être exportateurs nets.

1)A cela s’ajoute la fraude sur les cotisations sociales du patronat revue à la hausse par la Cour des comptes : 20 à 25 milliards € . Sans cette fraude, le déficit de l’assurance maladie (13 milliards € ) serait un excédent !

2)Et qui à ce titre, doit avoir quelques lueurs sur l’évasion fiscale des multinationales et sur le bon usage des paradis fiscaux

3)Citer en « référence » Schroder qui a réduit à la misère une partie importante de la population d’un des pays les plus riches d’Europe est pour le moins paradoxal pour quiconque se dit « de gauche »


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