Cour des Comptes : « l’austérité a échoué, il faut donc plus d’austérité, haro sur les fonctionnaires »

vendredi 20 juin 2014
par Snes S3 JJD

 La Cour des comptes constate implicitement l’échec de la politique gouvernementale

  • pas de reprise véritable de l’activité aussi bien en 2013 qu’en 2014,
  • de ce fait, les recettes fiscales attendues ne sont pas là : 14 milliards de moins que prévu en 2013,
  • et les objectifs de réduction des déficits, justification ultime de la politique poursuivie, ne seront pas atteints.

Cet échec était prévisible : l’austérité budgétaire, le blocage des salaires tuent la consommation et les investissements (pourquoi les entreprises investiraient si elles ne peuvent vendre ?). Les faits confirment aujourd’hui le fiasco de la stratégie d’austérité, largement inspirée par la Cour des Comptes elle-même.

 La recette du docteur Migaud : déflation et récession

Pour tout individu sensé, la conclusion devrait être qu’il faut changer de cap et abandonner cette politique mortifère, mais pas pour Monsieur Migaud, 1er président de la cour des comptes. Au contraire, il préconise une fuite en avant accélérée dans cette politique qui a déjà échoué, et désigne les fonctionnaires à la vindicte publique.

Ses injonctions visent en effet à réduire encore plus la masse salariale de la fonction publique, et à amputer les investissements des collectivités territoriales.

Manifestement, Monsieur Migaud aurait besoin d’un cours de macro économie pour découvrir que si les fonctionnaires sont moins payés, cela aura des conséquences sur la consommation, et donc sur l’activité et sur l’emploi, et que si les collectivités locales n’investissent plus, cela mettra une grande partie de l’économie, le BTP en particulier, dans une situation désespérée, avec des faillites en série de PME.

 Des préconisations incendiaires

En résumé, la Cour des comptes considère que les 50 milliards d’amputation des dépenses publiques du pacte Hollande-Gattaz c’est bien mais qu’il en faut encore plus et donc aller plus loin pour réduire la masse salariale de l’État.

  • le gel du point d’indice jusqu’en 2017, qu’elle préconisait dans son rapport 2013 et décidé depuis par le gouvernement, est « nécessaire » mais ne suffit pas,
  • baisse des effectifs, l’Éducation nationale dans le collimateur « Dans ce contexte, la baisse des effectifs, en complément des efforts sur les rémunérations, constitue un levier porteur d’économies importantes », estime la Cour. Elle préconise « le gel des effectifs des ministères jugés prioritaires et la poursuite de la baisse dans les autres », ce qui signifierait notamment la fin des créations de postes à l’Éducation Nationale.
  • non-remplacement d’un départ à la retraite sur trois dans les fonctions publiques territoriale et hospitalière : quand on connaît l’état des hôpitaux, cette « préconisation » s’apparente à une incitation au meurtre,
  • aux régions de « réaliser des économies sur la consistance de l’offre de transports régionaux de voyageurs » ; ceux qui utilisent régulièrement les transports en Ile de France ou ailleurs apprécieront l’intérêt que la Cour des comptes porte à leur confort et à leur sécurité
  • travailler plus pour gagner moins : « une hausse de la durée effective du travail dans les administrations » « pourrait permettre de diminuer les effectifs sans réduire la quantité et la qualité des services publics rendus ». Elle pourrait prendre des formes diverses : « alignement de la durée effective sur la durée légale, réduction du nombre de jours d’absence (par exemple en rétablissant la journée de carence en cas de maladie), éventuellement augmentation de la durée légale ». « Un allongement du temps de travail permettrait probablement aussi de dégager des économies à travers la baisse du nombre d’heures supplémentaires effectuées »,

 La cour des comptes l’ignore :42 milliards de cadeaux sociaux et fiscaux au patronat

Crédit compétitivité 20 milliards, nouvelles exemptions de cotisations sociales 10 milliards, nouvelles réductions d’impôt 12 milliards. Certains pourraient s’inquiéter de la manière dont le gouvernement dilapide ainsi les fonds publics et des conséquences sur les fameux déficits, la Cour des comptes n’en a cure.

Visiblement, pour elle, il est normal d’en demander toujours moins aux plus fortunés et toujours plus aux salariés et en particulier aux fonctionnaires. Quel aveu : derrière le rideau de fumée des déficits, il y a un enjeu essentiel, celui d’un partage des richesses qui assure aux grandes fortunes de revenir sur 70 ans d’acquis sociaux

Le rapport de la Cour des Comptes est une pièce dans la bataille idéologique pour imposer dans les têtes, au mépris total de l’expérience et des résultats des politiques d’austérité, l’idée qu’il n’y a pas d’autre solution que de persévérer dans l’erreur encore et encore, au nom de la vérité révélée incarnée dans l’objectif des 3 %.

Il faut dénoncer avec sa force cette entreprise de propagande qui de plus suggère que les fonctionnaires sont trop nombreux, trop bien payés et ne travaillent pas assez, réanimant ainsi des clichés déjà trop prégnants.

Plus grave, Monsieur Migaud, en tant que personne privée, a bien le droit d’énoncer comme il l’entend ses opinions, mais il n’est pas une personne privée : il est à la tête d’une administration publique, qu’il détourne de sa mission pour en faire, sur deniers publics, une officine de propagande néo libérale.


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