« Pacte de compétitivité » : persévérer dans les politiques néo libérales, impasse garantie

dimanche 16 février 2014
par Snes S3 JJD

Au moment où « le pacte de compétitivité » risque fort de se traduire par de nouvelles coupes sombres pour les services publics, où les DGH de la rentrée 2014 suscitent une mobilisation croissante dans les établissements, où le point d’indice est toujours bloqué, où on évoque par un jeu savant d’annonces off et de démentis un blocage éventuel des promotions, il n’est pas inutile de revenir sur les politiques de l’offre qui nous amènent tout cela, sur leur bilan et sur l’avenir qu’elles nous promettent

 I trente ans de politique néo libérale

Les politiques néo libérales , mises en place depuis le début des années 80,se sont traduites

  • par un nouveau partage de la valeur ajoutée entre salaires et profits, au très net avantage de ceux-ci
  • par un recul relatif de l’investissement et par l’explosion des dividendes
  • par une multiplication des cadeaux aux plus riches et aux grandes entreprises : exonérations de cotisations sociales, remise en cause de la progressivité de l’impôt, baisse de l’impôt sur les sociétés
  • par une restructuration brutale de l’appareil industriel ; amplifiant le chômage de masse

Les instruments majeurs de cette transformation ont été

  • la financiarisation de l’économie soumise aux marchés, c’est-à-dire à une spéculation sans limites articulée à la recherche du profit à très court terme , ce qui condamne tout investissement à long terme
  • la mondialisation, cadre où le dumping social et fiscal joue à fond pour imposer aux travailleurs (comme aux états tentés de sortir du droit chemin) le renoncement à trente ans d’acquis sociaux et économiques, legs des luttes de la résistance et de la victoire sur le nazisme .
  • et l’Europe qui, au nom de la concurrence libre et non faussée, a institué un ensemble de contraintes néo libérales soi disant indépassables

Nous subissons depuis 30 ans une politique néo libérale.

La nouveauté n’est donc pas tellement dans la politique menée, qui, au mépris total des engagements pris, se place résolument dans le sillage des politiques précédentes mais dans la manière dont elle est revendiquée politiquement et idéologiquement, avec un langage (« état trop lourd, trop cher, excès, abus de la sécurité sociale ») qui ouvre de sombres perspectives pour les services publics et la protection sociale.

 II Le résultat : déséquilibres et crises

  • Partout dans les pays capitalistes industrialisés, les inégalités progressent, les riches deviennent (beaucoup) plus riches et les pauvres plus pauvres
  • la stagnation relative de l’économie, l’amputation des recettes fiscales et sociales et en même temps la hausse du chômage ont aggravé les déficits publics (plus de dépenses et moins de recettes)
  • l’amputation de la demande est un temps compensée par le recours massif au crédit et la création de bulles financières
  • les déséquilibres commerciaux entre pays deviennent de plus en plus importants, du fait notamment des délocalisations motivées par le dumping social (Usa /Chine),

Ces déséquilibres débouchent sur des crises de plus en plus graves du système financier ,sauvé provisoirement par les Etats au prix d’une relance massive des déficits publics …..qu’ils sont ensuite sommés d’éponger au plus vite !

Les politiques néo libérales ont totalement échoué mais, après le départ de Sarkozy il n’est plus question de revenir là dessus mais au contraire de poursuivre dans la même voie.

III le Pacte : des arguments bien peu solides

La justification officielle du pacte de compétitivité et donc du nouveau dégrèvement de cotisations sociales pour les entreprises est de leur redonner de la compétitivité à l’international et de leur permettre d’investir et d’embaucher avec les ressources nouvelles qui leur sont allouées, mais ce raisonnement est bien fragile

  • c’est ce qui a été fait, depuis trente ans, sans résultat : pourquoi subitement cela fonctionnerait ?
  • le financement de la mesure est associé à une amputation de 50 milliards des dépenses publiques, ce qui est un facteur majeur de récession : selon les estimations les plus courantes, cela pèserait de 70 milliards sur la croissance (3.5 % du PIB) pour l’avenir (déjà depuis 2011, l’économiste en chef de la commission évalue la perte de croissance due aux mesures d’austérité à 4.8 % pour 2011/2013).
  • des dépenses publiques en moins, cela amène le plus souvent des dépenses privées en plus, ceux qui le peuvent compensant l’insuffisance des services publics de leur poche , pour l’éducation, pour se soigner, pour les transports……
  • de ce fait, les entreprises vont être face à des perspectives stagnantes, alors que l’appareil productif est largement sous utilisé : si les commandes n’augmentent pas , les entreprises n’investiront pas , n’embaucheront pas ou très peu , au regard des sommes considérables qui sont dégagées.  elles se contenteront d’étoffer leurs réserves financières et pour les plus grandes de transformer ces ressources nouvelles en dividendes et en bulle financière.

Au final , le résultat réel sera une accentuation des inégalités

  • pour les salariés, encore plus de sacrifices par dégradation des services publics , amputation des prestations sociales
  • et pour les plus riches, encore plus de dividendes et d’argent orienté vers la sphère financière au détriment de l’appareil productif

IV Pour mettre en échec cette politique, définir une alternative véritable

Il est vrai que le sous investissement d’une bonne partie de l’industrie française est un vrai problème, il est vrai que de nombreuses entreprises ont de réelles difficultés, et il est vrai que la question de l’environnement européen et mondial est posée. Il faut envisager comment on s’affranchit d’un contexte considéré à tort comme intangible.

  • Mais on ne règle rien en étouffant le marché intérieur qui reste le moteur essentiel de l’activité, notamment pour les PME et il faut au contraire stimuler cette demande par l’augmentation des salaires, par la relance des investissements publics
  • la question du dumping social se pose effectivement. mais accepter l’alignement sur le moins disant c’est s’engager dans une spirale d’effondrement qui est précisément à l’œuvre en Europe : si chaque pays comprime son marché intérieur pour espérer exporter, c’est une voie sans issue mais c’est celle que nous prenons.
  • la contrainte extérieure est un impératif absolu seulement si on veut respecter avant tout le libre échange (des marchandises, des capitaux) en Europe et hors d’Europe : effectivement dans ce cas , la vie des peuples n’est plus qu’une variable d’ajustement
  • on peut au contraire considérer que le maintien de notre système social , pour permettre à chacun de vivre décemment passe avant la libre circulation des marchandises et des capitaux qui doit si nécessaire être régulée autant qu’il le faudra.

Les tenants de l’austérité ont une grande force : la contrainte extérieure qu’ils ont patiemment fabriquée depuis 25 ans (libéralisation des échanges et des flux financiers, traités européens successifs)et au besoin imposée au mépris du suffrage universel (cf referendum de 2005).

Cette contrainte n’est pas un simple argument de propagande, elle pèse effectivement sur les échanges, sur le crédit, sur toute l’activité. Mais cette contrainte n’a rien à voir avec les lois de la nature : elle est le résultat d’une politique et ce qu’une politique a fait , une autre peut le défaire.


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